De l’assignation à domicile au régime de liberté surveillée, pas de quoi pavoiser!

Nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge, si l’on peut dire, mais nous avons fait un pas en avant sur la voie de la reconquête de nos libertés individuelles en passant d’une assignation à domicile de 56 jours à un régime de semi-liberté.

Fini l’attestation nous auto-autorisant à mettre le nez dehors. Un soulagement certes! Mais, attention, nous voilà prévenus, il n’est pas question pour autant de relâcher la vigilance, d’aller faire ses courses sans un masque ou de serrer la main d’un ami. Le virus est toujours là ! Il rôde prêt à nous terrasser ! L’Etat nous fait confiance, mais c’est à nos risques et périls !

Conscient de l’exaspération qui montait, en même temps que du besoin de relancer la machine économique, Macron a pris la décision de desserrer l’étau qui nous contraignait à nous terrer chez nous en fixant au lundi 11 mai la fin de la période de confinement. Un vrai bonheur de pouvoir enfin sortir de chez soi, sans crainte d’être contrôlé, pour respirer l’air de la campagne, profiter du printemps, des fleurs et du chant des oiseaux !

Une permission de sortie soumise, cependant, à de sévères restrictions. L’obligation notamment de rester dans un rayon de 100 kilomètres de son domicile, sauf « motif professionnel ou familial impérieux » précise l’attestation qu’il faudra présenter en cas de contrôle. Une distance calculée « à vol d’oiseau » a souligné le facétieux ministre de l’Intérieur suscitant la perplexité chez les gendarmes et les policiers. Pourquoi une distance de cent kilomètres ? « Pour éviter les brassages de population » a doctement expliqué le Premier ministre.

Diantre ! Pas question d’aller dans le département voisin où l’herbe est forcément plus verte. En clair, que chacun reste chez soi et les vaches (que nous sommes) seront bien gardées.

Soumis depuis le début du confinement à des mesures restrictives des libertés fondamentales comme celle de pouvoir se déplacer librement, d’organiser une réunion ou de pratiquer sa religion, les Français vivent mal et acceptent de moins en moins de se voir traités comme des enfants par un exécutif qui par ses mensonges et ses contradictions s’est largement discrédité au fil des semaines et des mois.

Dans un sondage réalisé par Odoxa les 5 et 6 mai pour le Figaro et France info, ils se montrent très sévères vis-à-vis du pouvoir. 54% des personnes interrogées estiment que le gouvernement n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation. 75% l’accusent de ne pas avoir dit la vérité. A la question « l’exécutif a-t-il pris les bonnes décisions au bon moment ? » 74% répondent par la négative. Enfin ils sont 76% à considérer que le gouvernement n’a « pas fait ce qu’il fallait pour bien équiper les hôpitaux et les soignants face à l’épidémie ». Un même pourcentage dénonce sa gestion erratique de la crise et son manque de clarté dans ses explications.

Condamnation sans appel

66% des sondés, soit les deux tiers des Français, estiment que l’exécutif n’a « pas été à la hauteur » dans la gestion de la crise. Une condamnation sans appel vis-à-vis du pouvoir qui n’a pas d’équivalent en Europe. Une étude réalisée du 30 avril au 4 mai par Odoxa auprès de nos voisins européens montre, à l’inverse, que pour une majorité des personnes interrogées (hors la France) leur gouvernement à été à la hauteur de la situation dans la crise du Covid-19. Ainsi les Britanniques plébiscitent leur premier ministre Boris Johnson à 63%, les Allemands saluent à 60% l’action menée par Angela Merkel dans sa gestion de la crise. Et même en Italie, premier foyer de l’épidémie en Europe et qui a longtemps été le pays le plus touché, 50% des sondés approuvent leur gouvernement.

Un désaveu du pouvoir par les Français que l’on peut constater aussi à travers les plaintes contre des membres du gouvernement qui se multiplient venant notamment du milieu médical. Nombre d’entre elles portent sur la gestion calamiteuse des masques. Autant de menaces que les ministres et le chef de l’Etat prennent très au sérieux. Personne n’a oublié les conséquences politico-judiciaires de l’affaire du sang contaminé !

Mais, pour l’heure, une autre menace se profile à l’horizon pour le gouvernement. En dépit des aides diverses apportées par l’Etat aux entreprises et malgré le plan de relance annoncé pour la rentrée, la menace d’un écroulement économique préoccupe l’exécutif. Les Français aussi s’en inquiètent. Dans un sondage réalisé par l’Ifop 28% des salariés craignent de perdre leur emploi dans les semaines et les mois qui viennent. Et si la santé reste actuellement leur préoccupation majeure, prés d’un Français sur deux désigne la lutte contre le chômage et la lutte contre la précarité comme « tout à fait prioritaires ».

Si l’on ajoute à une hausse spectaculaire du chômage le niveau record de défiance vis-à-vis de l’exécutif, on doit s’attendre à une explosion sociale d’envergure pour la rentrée. Et c’est bien ce que redoute le gouvernement.