Dans quelle France vivrons-nous demain après la crise?

La crise sanitaire inédite que nous traversons aura des conséquences inéluctables sur nos vies individuelles et notre destinée commune. Nous aurons demain, à n’en pas douter, une vie différente de celle d’hier.

Comment sortirons-nous de cette « guerre » sanitaire ? Pour le dire autrement, quelles seront les répercussions de ce traumatisme collectif sur nos rapports avec les institutions d’une part et des valeurs telles que la liberté, l’autorité, le travail ou la solidarité d’autre part ?

Les semaines historiques que nous vivons aurons sérieusement ébranlé pas mal de nos certitudes. A commencer par notre confiance dans un Etat qui à travers sa piètre gestion de la crise sanitaire a montré ses faiblesses. En revanche il est juste de reconnaître que ce même Etat a pris en charge, avec le chômage partiel, une part importante, voire la totalité du salaire des employés empêchés d’aller travailler par suite du confinement.

Pour la première fois, dans nos sociétés capitalistes obsédées par l’argent, les intérêts économiques et financiers ont été sacrifiés au bénéfice de la protection de la vie humaine. Et cela est plutôt un bon signal pour l’avenir ! Une valeur qui ne pourra être ignorée quand viendra l’heure de la relance économique de notre pays.

« Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, seront remises en cause » déclarait Emmanuel Macron lors de son intervention télévisée du 16 mars. « Le jour d’après… ne sera pas un retour au jour d’avant » soulignait-il soudain touché par la grâce.

Quelques jours plus tard, à l’occasion de la visite d’une usine de fabrication de masques dans le Maine-et-Loire il affirmait : « Notre priorité aujourd’hui est de produire davantage en France » avant d’insister sur son ambition de garantir à la France une « indépendance pleine et entière » dans la production de masques.

Révélation quasi-divine

Il aura donc fallu cette crise du Covid-19, chèrement payée en termes de vies humaines sacrifiées, pour que le président de la République réalise que la France était entièrement dépendante de la Chine pour la fabrication de ses masques et qu’il fallait que nous retrouvions une capacité de production sur notre territoire national. Salutaire retour au principe de réalité !

Toujours sous le coup de cette révélation quasi-divine, Macron va aller plus loin encore. Le 26 mars, prenant la parole devant 150 industriels, il les appelle à « relocaliser » leur production en France. Lui, le chantre de l’Europe, s’est-il converti au souverainisme ? On ne peut que se réjouir de cette volte-face à condition, bien sûr, que ce changement de cap politique ne soit pas que rhétorique et que des paroles l’Etat passe aux actes en aidant les entreprises à ramener leur outil productif dans notre pays.

Dans une interview au Point (16 avril), le chef de l’Etat déclarait : « L’enjeu des prochains mois sera d’établir des certitudes et des actions dont certaines seront rapides ». Cette crise sanitaire du Covid-19 aura démontré à l’évidence que l’Europe de Maastricht ne fonctionne pas, qu’elle n’est qu’une coquille vide dans laquelle chaque Etat a retrouvé sa souveraineté et mené sa propre politique sanitaire. Elle aura aussi prouvé que l’Allemagne s’en sortait mieux que tous ses voisins européens avec un système de santé réactif dans la gestion de crise.

Cette épreuve sans précédent dans notre société aura aussi obligé nombre de salariés à se mettre au télétravail. Jusqu’à présent le fait de travailler hors des locaux de son entreprise – chez soi ou ailleurs – n’était pratiqué, occasionnellement, que par 1,8 million de personnes en 2017, selon une récente étude de la direction des statistiques du ministère du travail (DARES). Or, on assiste avec le Coronavirus à une véritable explosion du télétravail.

Risque de fracture sociale

Une enquête menée par l’association nationale des DRH, souligne que la crise a obligé les entreprises à développer le travail à distance en équipant leurs salariés d’ordinateurs et de logiciels. L’Etat encourageant les employeurs à le pratiquer en leur donnant la possibilité d’étendre la semaine de travail à 60h. Résultat : 40% des personnels pratiqueraient cette expérience forcée du télétravail. Qu’en sera-t-il demain lorsque la crise du Covid-19 ne sera plus qu’un mauvais souvenir ? Le télétravail va-t-il convaincre employeurs et salariés de l’adopter définitivement ?

La question pose un certain nombre de problèmes. Si les partisans du télétravail sont d’abord les auto-entrepreneurs, professions libérales et les cadres vivant dans les grandes métropoles, tous les métiers ne peuvent se pratiquer à distance, c’est évident. Outre le fait pour un employeur de revoir en profondeur son organisation et d’équiper ses salariés du matériel nécessaire, il risque de provoquer une fracture sociale à l’intérieur de l’entreprise.

On verrait ainsi les caissières, les postiers et employés de banque contraints d’être à leur poste de travail en pleine pandémie alors que les cols blancs, mieux rémunérés, resteraient chez eux pour travailler. Une situation qui serait source de conflits sociaux pour un chef d’entreprise.

Cette crise sanitaire va, inévitablement, changer nos rapports au travail et à l’entreprise. Elle va donner un coup de frein à la course au profit et à la rentabilité. L’humain devrait reprendre sa place dans une société qui se tournait de plus en plus vers la robotisation de certains métiers. Ce n’est pas une machine qui pourra nous offrir demain le sourire de la caissière !