Tout ça risque de très mal finir !

Comment sortir de l’imbroglio du déconfinement ? La décision de Macron de fixer au 11 mai l’échéance attendue avec impatience par les Français a enfermé l’exécutif dans un piège.

Autant il a été facile pour le pouvoir de décider de confiner la population – avec menace de lourdes amendes pour les récalcitrants – autant la mise en œuvre du déconfinement est un véritable casse-tête qui soulève nombre de questions liées au respect de contraintes sanitaires strictes.

Ainsi pour la réouverture des écoles, décidée par Macron contre l’avis du conseil scientifique qui, prudemment, repoussait le retour des élèves à septembre. Comment faire appliquer à l’école les « gestes barrière » ? Comment aménager les locaux scolaires pour répondre aux mesures d’hygiène ?

Macron le sait si bien qu’il a laissé aux parents le choix d’envoyer ou non leurs enfants en classe. A eux de prendre leurs responsabilités ! Les Français d’ailleurs ne cachent pas leur inquiétude. Un sondage montre qu’ils sont opposés à 63% à cette réouverture. Quand aux parents, 67% d’entre eux assurent qu’ils n’enverront pas leurs enfants en classe le 11 mai prochain.

Mais pour rouvrir les écoles, encore faudrait-il que les enseignants soient suffisamment nombreux pour accueillir les enfants, ce qui est loin d’être acquis si l’on en croit les syndicats. Il faut aussi que les maires donnent leur accord pour que le retour dans les classes se fasse dans des conditions sanitaires acceptables.

Or, nombreuses sont les communes, notamment en milieu rural, où les édiles n’ont pas la possibilité de suivre les recommandations du conseil scientifique. Pour désinfecter les classes après chaque cours il faut du personnel d’entretien ce qui représente un coût supplémentaire pour la collectivité locale. Bref, la réouverture des classes le 11 mai est devenue un sujet de crispation qui parait relever de l’utopie.

Ministres sous pression

Autre question épineuse : les transports en commun. Qui va se risquer à prendre le métro ou à monter dans un bus le 11 mai ? Le port du masque apparait comme le seul moyen d’assurer la sécurité sanitaire des voyageurs, la distanciation sociale étant compliquée, pour ne pas dire impossible à faire respecter notamment aux heures de pointe. « Si on mettait un mètre de distance entre les passagers à la gare Saint-Lazare, il y aurait 100kms de queue » explique un spécialiste des transports.

Sans attendre les décisions gouvernementales, Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a décidé de mettre gratuitement des masques à la disposition des usagers des transports franciliens. Deux millions de masques en tissu seront disponibles pour les abonnés Navigo.

Depuis l’allocution télévisée du 13 avril fixant la date de sortie du confinement, les ministres sont sous pression. Presque tous les ministères sont concernés, chacun dans leur domaine, par cette épidémie du coronavirus. Après des semaines de flottement, d’incertitudes, de déclarations contradictoires, les réunions se succèdent. La machine s’emballe. Tout doit être prêt jusque dans les moindres détails pour le jour fixé.

La tension est palpable. Les ministres n’hésitent pas à communiquer alors qu’aucune décision n’est encore actée. Jean-Michel Blanquer l’a appris à ses dépens. Il a dévoilé les modalités du retour à l’école devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation alors que rien n’avait été arbitré. Ce qui a rendu furieux Edouard Philippe. Le premier ministre a décidé de centraliser la communication. Matignon verrouille tout.

Il faut dire que la pression qui s’exerce sur les ministres, y compris le premier d’entre eux, est extrême. Informés de la date de la fin du confinement quelques minutes seulement avant l’allocution télévisée du chef de l’Etat, ils n’ont eu que quatre semaines pour tout organiser avec leurs conseillers chacun dans leur domaine de compétence.

Phrase lourde de menaces

Et comme pour ajouter à la tension, Macron a eu la cruauté de lâcher lors de son intervention télévisée du 13 avril une petite phrase lourde de menaces lorsqu’il a proposé de « bâtir un autre projet dans la concorde » avant d’ajouter : « Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre nation, je tâcherai de dessiner ce chemin qui rend cela possible ».

Autant dire que les jours de l’actuelle équipe gouvernementale sont comptés. Ce qui ne contribue pas à remonter le moral des intéressés, y compris du premier d’entre eux qui ne cache plus ses désaccords avec le chef de l’Etat.

A ce climat délétère s’ajoute pour eux une autre menace, judiciaire celle-là. La crainte d’être convoqués devant la Cour de Justice de la république comme accusés ou comme témoins les pousse à s’exprimer pour se couvrir et anticiper d’éventuelles poursuites. Edouard Philippe craint les plaintes pénales qui le visent. « Quand on regardera ce qui s’est passé pour les masques, pour les tests, qu’on verra qu’on a commencé par dire « merde » à Raoult, çà va être compliqué » explique sous couvert d’anonymat un ministre cité par Le Figaro (27/04/2020) avant d’ajouter : « La commission d’enquête çà va être Nuremberg. Philippe est flippé. Or c’est compliqué de gouverner avec des gens flippés ».

Le procès qui sera fait au nom des victimes du Covid-19 sera celui du mensonge et de l’incurie. Le gouvernement a menti aux Français dés le début en affirmant avec aplomb qu’aucune pénurie n’était à craindre, que tout était prêt. Tout cela était faux ! Nos personnels soignants n’avaient que leur courage pour faire face à cette terrible épidémie. Ils n’avaient ni masques, ni appareils respiratoires. Ils manquaient de lits d’hôpitaux, comme de gel hydro-alcoolique. Des mensonges destinés à cacher un monumental fiasco.

Mais le premier responsable de cette incurie est bien évidemment Macron. En tant que chef de l’Etat, avec tous les pouvoirs que la constitution lui donne, c’était à lui de prévoir et d’anticiper une éventuelle épidémie en s’assurant de l’existence de stocks stratégiques suffisants et de la capacité de nos usines à fabriquer le matériel nécessaire. Il ne l’a pas fait. De ce fait il aura à rendre des comptes à la nation et au peuple Français.