Que l’Etat fasse davantage confiance aux maires !

La crise du Coronavirus a, entre autres choses, montré le rôle indispensable que jouent les maires pour venir en aide à leurs administrés dans les périodes difficiles.

Macron qui a accédé aux plus hautes fonctions de la République, sans jamais avoir été un élu de terrain, a longtemps ignoré les élus locaux. En 2018, il ne s’était même pas rendu au congrès des maires de France. Un boycott mal vécu par les intéressés très remontés contre le pouvoir qui venait de réduire encore un peu plus les ressources communales avec la suppression de la taxe d’habitation.

Mais la crise des Gilets jaunes est passée par là et Macron a compris que la reconquête de l’opinion passait par le rétablissement d’une amélioration de ses relations avec les maires. Ces élus de terrain connaissent bien leurs administrés. Ils bénéficient d’ailleurs d’une confiance inégalée dans l’opinion. Un sondage réalisé en novembre 2019 indiquait que 68% des Français faisaient confiance à leur édile. Un taux qui montait même à 74% pour les communes rurales.

Une aubaine pour Macron qui sait s’accrocher aux branches quand c’est nécessaire. C’est ainsi que deux mois après les avoir superbement ignorés Macron s’est lancé à partir de janvier 2019 dans des réunions marathon avec les maires. Ce fut le  « grand débat national » qui a permis aux élus locaux de s’exprimer en faisant remonter leurs inquiétudes et les doléances des habitants de leurs communes.

Une opération « reconquête » qui n’était pas dénuée d’arrières pensées électorales à quelques mois des élections municipales qui a néanmoins permis de replacer les maires « au cœur de la République ». Un an après, ils sont mis à contribution pour trouver des solutions afin de fournir des masques à leurs administrés.

Un gouvernement totalement dépassé

Devant l’impéritie d’un gouvernement totalement dépassé par l’épidémie du Covid-19, ces élus locaux se trouvent en première ligne pour le déconfinement. Face à la tempête qui souffle sur notre pays ils font appel aux compétences et aux bonnes volontés de leurs administrés pour fabriquer ces fameux masques jugés totalement inutiles hier et devenus désormais obligatoires.

Des maires qui, pour nombre d’entre eux, avaient décidé de ne pas se représenter et qui sont néanmoins contraints de poursuivre leur tâche faute d’avoir pu passer la main à leur successeur du fait de l’arrêt du processus électoral consécutif au confinement. Des maires qui renâclent pourtant à exécuter les ordres d’un Etat jacobin qui prend ses décisions sans aucune concertation préalable avec eux. Qui leur laisse le soin de les mettre en oeuvre sans prendre en compte les difficultés de leur mise en application sur le terrain.

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, 329 maires d’Ile-de-France, parmi lesquels Anne Hidalgo, maire de Paris, demandent que la rentrée soit repoussée.  « L’Etat ne peut pas se désengager de sa responsabilité dans la réouverture des écoles le 11 mai, et ce calendrier est, dans la plupart de nos communes, intenable et irréaliste » écrivent les élus contestataires. Un mouvement de colère qui s’est exprimé également en province.

Les élus locaux n’ignorent pas, en effet, qu’ils peuvent être tenus pénalement responsables en cas de contamination d’un élève par le coronavirus. Contrairement aux parlementaires, les maires ne bénéficient pas d’une immunité pendant la durée de leur mandat. Responsables des écoles maternelles et élémentaires, mais aussi des cantines scolaires ils ne sont pas à l’abri d’une plainte déposée par des familles les accusant de ne pas avoir pris toutes les dispositions sur le plan sanitaire en cette période d’épidémie.

Responsabilité partagée

Une responsabilité qu’ils ne veulent pas être les seuls à endosser. Ainsi François Baroin, président de l’Association des maires de France (AMF) a-t-il demandé que la mise en œuvre des mesures de déconfinement soit assurée en « co-décision » avec le préfet dans chaque département.

Des parlementaires de la majorité ont annoncé dans le JDD qu’ils allaient proposer une meilleure « protection juridique » des maires. Les sénateurs ont pour leur part adopté lundi 4 mai un amendement prévoyant un « régime spécifique » de responsabilité pénale pour « tous ceux, employeurs, élus locaux, fonctionnaires qui seraient amenés à prendre des mesures destinées à permettre un retour à la vie économique et sociale ». Des initiatives saluées par l’association des maires des petites villes de France qui dans un communiqué assure qu’elle apportera son soutien à « tout amendement qui prévoirait que la responsabilité pénale personnelle des maires et des personnes agissant sur leur délégation ne puisse être engagée qu’en cas de violation manifestement délibérée d’une mesure de police administrative sanitaire ».

Un débat largement ouvert par ces élus légitimement inquiets qui n’ont pas été rassurés par les propos du Premier ministre. S’exprimant lundi 4 mai devant les sénateurs Edouard Philippe s’est déclaré « nettement réservé » sur la possibilité de faire évoluer la loi Fauchon du 10 juillet 2000, estimant que la jurisprudence actuelle était assez « équilibrée ». Pas vraiment de quoi encourager les maires ! Encore moins de susciter des vocations !

Alors que l’Etat s’est arrogé tous les pouvoirs à l’occasion de cette épidémie du Covid-19, les revendications des maires pour réclamer plus d’autonomie et davantage de responsabilité dans les décisions à prendre à l’échelon local se heurtent à une fin de non-recevoir. « Ce qui se joue avec ce déconfinement c’est un acte de confiance collective » a déclaré Edouard Philippe devant les sénateurs. Comment faire confiance à un gouvernement qui s’est distingué depuis le début de la crise par ses mensonges, ses contradictions et son amateurisme ? Quelle confiance accorder à un gouvernement qui manie la menace culpabilisante avec les Français en les rendant collectivement responsables de l’éventuel échec du déconfinement ? La confiance ne se décrète pas. Elle doit aussi fonctionner dans les deux sens.