Macron : un faux mea-culpa pour masquer les défaillances de l’Etat

« Paroles, paroles… » chantait Dalida dans son duo avec ce charmeur d’Alain Delon. Pour amadouer les Français Macron a joué au séducteur lundi soir lors de son allocution télévisée.

Ce n’était plus le chef de guerre, martial et solennel, que l’on avait connu lors des précédentes interventions consacrées à l’épidémie du Coronavirus, mais un président qui se voulait modeste et rassurant, proche des préoccupations de ses compatriotes qu’il a d’ailleurs tenu à remercier « très chaleureusement » pour leur « civisme ».

Une séance de « câlinothérapie » destinée à masquer en fait les « failles et insuffisances » de l’Etat dans sa lutte contre cette épidémie qui a déjà tué officiellement 15 000 personnes en France. Autant que la meurtrière canicule de 2003.

Oser commencer son intervention en parlant de l’imprévisibilité de ce « virus inconnu », il fallait le faire, alors qu’Agnès Buzyn, la ministre de la Santé de l’époque a affirmé l’en avoir informé ainsi que le Premier ministre Edouard Philippe courant janvier. Il est vrai que celle-ci avait dans le même temps annoncé publiquement que le virus était cantonné à la Chine et que les mesures prises par les autorités chinoises nous mettaient à l’abri de toute contamination.

« Tout est prêt ! » avait affirmé à maintes reprises son successeur Olivier Véran quand les premiers cas de Covid-19 sont apparus en Italie. Une contre-vérité qui est apparue aveuglante lorsque le personnel hospitalier a commencé à réclamer des équipements de protection et des produits d’hygiène pour faire face à l’arrivée massive des malades dans le Grand Est et en région parisienne. La question du manque de masques symbolisant l’état dramatique d’impréparation dans lequel se trouvait notre pays.

Spectateur impuissant

On croit rêver quand celui qui est à la tête de l’Etat ose déclarer : « J’ai vu comme vous beaucoup de ratés ! ». Un constat qui ne lui vaudra aucune indulgence au moment de rendre des comptes aux Français sur sa gestion de la crise. Il se comporte en spectateur impuissant alors que c’est tout de même lui qui est aux commandes de l’Etat ! Qui d’autre, sinon lui, a le pouvoir d’agir et d’ordonner, bref de diriger le pays ? Qu’a-t-il fait entre la fin janvier, quand sont apparus les premiers cas de Coronavirus en France et le 16 mars date du début du confinement ?

On s’inquiète encore davantage lorsqu’il prend à témoin les Français pour leur faire part de son impuissance face aux événements. « C’est difficile pour tout le monde d’admettre que la pénurie mondiale empêche les livraisons ». Il s’agit bien entendu des masques commandés à la Chine qu’on nous annonce régulièrement et qui n’arrivent pas. Une manière de s’exonérer de ses propres responsabilités en rejetant la faute sur les autres. C’est oublier un peu vite que gouverner c’est prévoir, comme le dit l’adage. Et l’anticipation sur les événements, même – et surtout – imprévisibles, est de la responsabilité de l’Etat.

La seule information nouvelle, celle que tout le monde attendait, a été l’annonce de la fin du confinement pour le 11 mai prochain. C’est à cette date que le pays devrait progressivement se remettre en ordre de marche avec la réouverture des crèches, des écoles, collèges et lycées. Une surprise tout de même puisqu’à cette date l’épidémie n’aura pas été éradiquée dans notre pays et qu’on voit mal des élèves rassemblés dans les salles de classe ou dans la cour de récréation respecter les mesures d’hygiène et de « distanciation sociale ». Une décision destinée à « mettre fin aux inégalités creusées par les cours à distance » s’est justifié Emmanuel Macron.

Double pari sur l’avenir

Certes, la reprise des cours permettrait un redémarrage de l’économie en donnant aux parents la possibilité de reprendre le travail, mais ne prend-on pas ainsi le risque de voir l’épidémie repartir de plus belle en France ? C’est la crainte exprimée par les enseignants. « C’est tout sauf sérieux » s’insurge Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire qui dénonce dans un entretien à l’AFP « un manque de précaution », alors que tous les lieux publics sont fermés. « On a l’impression d’être sacrifiés sur l’autel de l’économie » estime-t-elle.

C’est aussi à la date du 11 mai que tests et masques « grand public » seront disponibles et que nous serons en « capacité de traiter toute personne ayant un symptôme » a assuré Macron. Un double pari sur l’avenir qui nous parait audacieux même si une véritable « économie de guerre » va permettre une montée en puissance de nos moyens de production au cours des prochaines semaines.

On ne peut que regretter que ces tests et ces masques – dont l’utilisation est aujourd’hui recommandée alors qu’ils étaient jugés inutiles hier — n’arrivent que pour la fin du confinement alors qu’ils auraient été bien utiles pour endiguer la propagation de cette épidémie mortelle.