Ces nouveaux mots qui entrent dans notre vocabulaire

Etes-vous antivax ? Avez-vous un zèbre à la maison ? Savez-vous calculer votre QE ? Si vous ne pouvez pas répondre à ces questions c’est parce que vous ignorez le sens de ces mots.

Il va bien falloir pourtant que vous les appreniez car ils font partie des 150 petits nouveaux, noms communs, expressions ou idées qui font leur entrée dans la nouvelle édition du Petit Larousse illustré qui sort ce 3 juin en librairie*. Certains de ces néologismes vous sont déjà familiers comme le mot féminicide largement employé ces trois dernières années pour qualifier le meurtre d’une femme par son conjoint ou ex-conjoint ; ou encore le dégagisme mot utilisé lors des printemps arabes et repris depuis pour désigner l’attitude d’insoumission et de rejet vis-à-vis des détenteurs du pouvoir en place.

D’autres sont moins évidents, car d’origine étrangère comme hipstérisation, terme anglo-saxon pour caractériser la transformation d’un quartier populaire par l’arrivée en grand nombre de hipsters, autrement dit de bobos ; ou encore remontada, mot emprunté à l’espagnol qui signifie la remontée spectaculaire et inattendue d’une équipe de football lui permettant de remporter la victoire sur l’autre équipe en dépit de l’important écart de points qui les séparait. Une expression que l’on utilise aussi en cas de victoire improbable d’un homme politique ou d’un parti après un grave échec électoral ou une traversée du désert.

Comme toute langue vivante le français évolue. Reflet d’une société les mots traduisent ses préoccupations du moment. La place croissante qu’occupent aujourd’hui la finance et le numérique, charriant un flot de termes anglo-saxons ne constitue-t-elle une menace pour notre langue ? « Pas du tout ! Seuls 15% des mots introduits dans l’ouvrage (NDLR : le Petit Larousse illustré) en vingt ans sont d’origine étrangère, souligne dans Le Point le linguiste Bernard Cerquiglini. On est loin d’une invasion. La langue fait son marché; elle est au service de ses locuteurs. Elle assimile les mots étrangers, en leur ajoutant un préfixe, un suffixe… ».

Pourquoi alors utiliser le mot « Benchmarking » pour « étalonnage » et « Best off » plutôt que « Florilège », terme autrement plus poétique? C’est aux Français, à chacun d’entre nous, qu’il appartient de défendre notre langue. Une langue suffisamment riche, pour qu’elle réponde aux besoins de notre vocabulaire sans que l’on soit obligés de faire appel à des mots ou des expressions venus de l’étranger.

La crise du Coronavirus, comme toutes les crises, aura permis d’enrichir notre patrimoine linguistique de quelques mots nouveaux. Si l’on connaissait le « confinement » terme médical datant de 1481 qui signifie l’interdiction faite à un malade de quitter sa chambre, l’année 2020 aura vu la naissance du mot « déconfinement ». Pas encore homologué officiellement cette année par les linguistes du Larousse il figurera, à n’en pas douter, dans le prochain. A noter que ce néologisme a pris avec la crise sanitaire une signification nouvelle en le faisant passer de l’individuel au collectif.

Les linguistes devront aussi revoir la définition de « se masquer ». Le terme n’aura plus seulement le sens de « se dissimuler » le visage, mais aussi « se protéger ». Notons à ce sujet avec amusement la contradiction entre l’incitation – qui est une obligation dans les transports en commun – à porter un masque pour limiter la propagation du Covid-19 et la loi du 11 octobre 2010, dite « loi anti-burqa », interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public. Un vrai casse-tête sur lequel se penchent les juristes.

Outre les mots et expressions, quelques noms propres font également leur entrée dans le Petit Larousse comme la militante écologiste suédoise Gréta Thunberg, le chef cuisinier français Arnaud Donckele, la footballeuse américaine Megan Rapinoe, championne olympique en 2012 et championne du monde en 2015 et 2019 ainsi que le comédien et cinéaste français Guillaume Gallienne.

*Le Petit Larousse illustré, 244 p, 30,95 euros.

                                                    Lexique de nouveaux entrants

ANTIVAX
Se dit d’un mouvement d’opinion marqué par une opposition à la vaccination en général dont il remet en cause l’efficacité et l’innocuité.
CHATBOT
Programme informatique basé sur l’intelligence artificielle, capable de répondre en temps réel aux questions d’un internaute, faisant ainsi office de conseiller virtuel.
FRUGALISME
Mode de vie consistant à vivre en dessous de ses moyens et à épargner afin de quitter la vie active bien avant l’âge légal de la retraite (à 35 ans environ) avec pour objectif de se soustraire à la société de consommation.
GREVICULTURE
(péjoratif) Tendance à recourir de manière quasi-systématique à la grève, lors d’un conflit social, et à instituer ainsi un rapport de force avec le patronat ou plus généralement, la direction d’une entreprise, comme préambule à tout dialogue et à toute négociation.
ILLIBERAL
Qui est opposé au libéralisme, à ses principaux fondements, tels que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’Etat de droit et les libertés individuelles.
ZEBRE
Personne surdouée. Appellation de la psychologue Jeanne Siaud-Facchin afin de dépasser les représentations attachées aux termes « surdoué », « haut potentiel », « enfant précoce ».
QUOTIENT
EMOTIONNEL (QE)
En psychologie, capacité évaluée par des tests à percevoir ses propres émotions ainsi que celles des autres, à les comprendre et à les utiliser à bon escient (notamment pour atteindre un objectif clairement défini).