Mortalité routière et délinquance en hausse: la faute aux Gilets jaunes

Le pouvoir aura vraiment tout tenté pour discréditer le mouvement des Gilets jaunes. C’est maintenant leur faute s’il y a une augmentation de la mortalité routière. Quand aux mauvais chiffres de la délinquance, ils en sont aussi les responsables.

Comment expliquer que la mortalité routière ait connu en janvier une hausse de 3,9% ? Pour Christophe Castaner, l’explication est simple. « Il y a un lien direct » entre la mise hors-service de 75 % des radars et l’augmentation du nombre de tués sur les routes. La preuve ? « Au mois de décembre en moyenne, il y a eu quatre fois plus d’infractions sur un radar masqué que quand il fonctionne. Au bout du compte çà fait des morts » souligne le premier flic de France.

De son côté Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la Sécurité routière, relève que « la dégradation des radars a coïncidé avec la fin de la baisse constante du nombre de morts sur les routes ». Précisant que, sans la destruction des radars en novembre-décembre « soixante vies auraient pu être sauvées ». S’il fallait trouver un responsable à cette augmentation de la mortalité sur nos routes, il ne faut pas chercher d’autre explication, c’est le gilet jaune !

Un discours un peu facile et qui arrange le pouvoir. La baisse continue des victimes observée depuis juin 2018 et pendant quatre mois est – bien évidemment – à mettre au crédit de la limitation de la vitesse à 80 km/h. La hausse, c’est à cause des Gilets jaunes, pardi ! Elémentaire, mon cher Watson ! C’est oublier un peu vite que le premier responsable des accidents est l’automobiliste lui-même qui, en s’affranchissant des règles du code de la route, prend des risques qui mettent en danger sa vie, mais aussi celle des autres.

Il y a une époque pas si lointaine, on s’en souvient, où les pouvoirs publics voulaient supprimer les arbres le long des routes pour réduire la mortalité. Une idée saugrenue qui, fort heureusement, fut vite abandonnée.

L’explosion de la délinquance

Au ministère de l’Intérieur, les chiffres font état d’une explosion de la délinquance au premier trimestre 2019. En comparaison de ceux de 2018, ils montrent une augmentation de 12 % des règlements de compte et des homicides (251 à 282 faits), de 7 % des coups et blessures volontaires (57 984 à 62 401), de 9 % des cambriolages et de 7 % des vols avec violence. La faute à qui ? Aux Gilets jaunes bien sûr, ces pelés, ces galeux !

Un syndicat de police explique : « Enormément d’effectifs sont utilisés le samedi, BAC, CRS, compagnies de sécurisation, compagnies d’intervention… ils ne sont pas en mesure d’être sur le terrain, de travailler par exemple le vendredi soir ou le samedi soir ». Bref d’organiser des patrouilles dissuasives.

Un argument qui laisse perplexe Christophe Soullez, directeur de l’observatoire national de la délinquance : « Je ne pense pas que la présence des forces de l’ordre sur la voie publique soit un élément qui permette, aujourd’hui comme hier, d’expliquer les fluctuations à la baisse ou à la hausse de la délinquance ». Il en veut pour preuve qu’en 2017 les cambriolages ont connu la plus forte hausse depuis 10 ans. Or, les Gilets jaunes n’ont fait leur apparition qu’à compter de novembre 2018.

Se dédouaner de ses responsabilités sur le dos des Gilets jaunes pourrait paraître risible s’il n’était pas, en fait, l’aveu d’une impuissance et de la grande lâcheté d’un pouvoir incapable d’assumer ses fonctions régaliennes.

Qualifiés de « peste brune » au début du mouvement de contestation par Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, assimilés aux bandes de casseurs lors des émeutes urbaines, brocardés et méprisés par Macron « Jojo avec un gilet jaune », les manifestants du samedi sont devenus les boucs émissaires d’un pouvoir défaillant et d’un président de la République dépassé par des événements qu’il n’avait pas vu venir, même s’il feint après coup de les contrôler, voire de s’en féliciter.

Une duplicité inquiétante. Car à quoi faut-il s’attendre pour demain ? Les Gilets jaunes seront-ils tenus pour responsables d’une éventuelle augmentation de la courbe du chômage, d’une hausse des prix à la consommation ou de la remontée du taux de l’inflation ? Aucune hypothèse n’est à écarter. On peut compter sur l’exécutif pour trouver une explication le moment venu.