Le peuple a compris que Macron ne le comprenait pas

Un chef d’Etat insensible aux souffrances de son peuple. Cela est, malheureusement, le fait des dictatures, des pays totalitaires, où la caste dirigeante se goberge tandis que la population vit dans la misère. Qui aurait imaginé qu’un jour la France connaîtrait pareille situation ?

Le fossé qui sépare les élites du peuple n’a jamais été aussi profond qu’aujourd’hui. En France, 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Si l’on y ajoute les salariés payés au SMIC au nombre de 1 650 000, on dépasse le chiffre de 10 millions soit 1/6e de la population française.

C’est cette « sous France » qui relève la tête aujourd’hui. Cette France des oubliés qui se révolte contre un pouvoir qui ne cesse de l’accabler d’impôts, de taxes et de prélèvements. Certes Macron n’est pas responsable de toutes les augmentations. Elles ont commencé en 2011 avec Sarkozy et se sont poursuivies avec Hollande. Mais tout comme Louis XVI c’est lui qui paye aujourd’hui pour ses prédécesseurs dispendieux.

Il a suffit d’un petit rien. L’annonce d’une augmentation de taxes sur le prix du diesel et de l’essence pour allumer la mèche et mettre le feu au pays tout entier. Dans toute la France et en même temps les « gilets jaunes » sont sortis de terre. Une génération spontanée de gens exaspérés de travailler pour payer toujours plus d’impôts sans recevoir de contrepartie de l’Etat.

Ils attendaient une réponse de Paris face à l’ampleur de cette mobilisation inédite. Mais le gouvernement qui n’avait pas pris la mesure de la gravité de la situation a répondu de façon arrogante et en total décalage avec les attentes de ces hommes et de ces femmes poussés au désespoir. Ils réclamaient une augmentation de leur pouvoir d’achat, on leur propose des mesures d’accompagnement pour la transition énergétique. Un vrai dialogue de sourds dont l’Etat porte seul toute la responsabilité.

Attitude de mépris

C’est en effet à la puissance publique qu’il appartient de trouver les réponses aux problèmes que connait le pays. Or l’exécutif n’a rien voulu entendre en décidant de « garder le cap ». Une attitude de mépris qui n’a fait que galvaniser les « gilets jaunes » dans leur détermination à poursuivre leur mouvement, soutenu et encouragés par les trois quarts des Français.

Aujourd’hui, c’est la démission de Macron que réclament ceux qui par leurs actions de blocage paralysent progressivement l’économie du pays. Taper au portefeuille, c’est leur dernier espoir d’être entendu par un pouvoir frappé d’autisme. Une stratégie qui aurait sans doute porté ses fruits avec un président de la République protecteur de son peuple comme cela devrait être le cas. Mais pas avec Macron dont il ne faut rien attendre tant il est déconnecté du réel.

Dans une interview à Vanity Fair, un de ses intimes Bernard Mourad, patron de Bank of America en France qui l’avait fait entrer chez Rotschild en 2008 et qui fut l’un de ses principaux soutiens pour l’élection présidentielle a noté son changement d’attitude. Il « ne reconnaît plus son ami, ce dirigeant arrogant estampillé président des riches ». De son côté Gérard Collomb, l’ex-ministre de l’Intérieur dénonçait le « manque d’humilité » de l’exécutif et déclarait à des journalistes une semaine avant de quitter la place Beauvau : « Nous ne sommes pas nombreux à encore pouvoir lui parler… D’ailleurs il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui il finira par s’isoler, car par nature l’Elysée isole ».

La balle est maintenant entre les mains du pouvoir. Macron est au pied du mur. Son intervention de ce mardi n’est pas à la hauteur des enjeux. La crise politique, économique et sociale que connaît notre pays se double désormais d’une crise de confiance vis-à-vis d’un exécutif décidé à « maintenir le cap » de la transition énergétique coûte que coûte. Et ce ne sont pas « les mesures d’accompagnement » annoncées qui vont aider les plus pauvres de nos concitoyens à sortir de la galère.

L’urgence de la situation appelait des mesures fortes et immédiates. C’est ce que les Français espéraient et attendaient du chef de l’Etat. Cruelle déception ! Macron n’a pas de réponse à leur apporter. Le roi est nu ! Alors pour tenter de désamorcer cette jacquerie moderne il lance l’idée d’organiser trois mois durant une large concertation citoyenne au niveau des régions en espérant qu’en sortent des solutions. Manière de gagner du temps avec, sans doute, l’espoir secret que le mouvement des « gilets jaunes » s’éteindra de lui-même.

En attendant ceux-ci ne lâchent rien. Le discours de l’exécutif, en total décalage avec leurs revendications, a même renforcé leur détermination. Cette avant-garde d’un peuple en colère a pris conscience de sa force. Elle se sent soutenue dans son juste combat et continuera aussi longtemps qu’il le faudra cette forme de guérilla qui pour être pacifique n’en est pas moins redoutable pour l’économie du pays. Une guérilla qui si elle s’accompagne d’une désobéissance civile peut conduire demain à de graves troubles dans le pays.