Pour en finir avec l’imposture de l’Etat-Macron

Pendant combien de temps encore Macron va-t-il berner les Français ? La question se pose après les Européennes où la liste soutenue par le président de la République est arrivée en deuxième position juste après celle du Rassemblement national, avec un peu plus de 200 000 voix d’écart seulement.

Ainsi, deux ans après son arrivée au pouvoir, et le vent de « dégagisme » qui l’a accompagné, celui qui incarne « le camp du Bien » bénéficie toujours de la confiance d’une partie des électeurs. Un test électoral qui n’était pas gagné d’avance tellement cette consultation avait pris l’allure d’un referendum anti-Macron. Une lutte sans merci entre européistes et souverainistes.

L’analyse détaillée des résultats des dernières européennes montre que l’électorat de Macron s’est sensiblement renouvelé. Son centre de gravité s’est déporté vers la droite. Si 20% des marcheurs d’origine sont partis chez les Verts, ils ont été remplacés par 27% d’électeurs ayant voté Fillon en 2017. Ainsi LREM a récolté 32% des voix chez les retraités et 30% chez les professions libérales et les cadres supérieurs. Et même 26% chez les commerçants et artisans.

Une surprise ? Pas vraiment! Pour Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP, « le chef de l’Etat mène des réformes que la droite n’a jamais eu le courage de faire: ISF, code du travail, statut de la SNCF ». La crise des gilets jaunes semble même avoir bénéficié au pouvoir en place. La majorité présidentielle a été perçue comme le parti de l’ordre face aux fauteurs de troubles. Elle s’est même payé le luxe de reprendre à son compte et de faire adopter la loi anticasseurs proposée initialement par la droite.

Mais c’est avant tout sur le plan de la construction européenne que Macron a su séduire l’électorat modéré en se présentant comme le plus ardent défenseur de l’Europe face à des adversaires eurosceptiques. L’Europe a été la grande absente du débat dans ces élections… européennes. Tant les Républicains que le Rassemblement national ont davantage fait campagne contre Macron que pour promouvoir l’idée-force d’une France souveraine dans une Europe des patries. Aussi ont-ils donné l’impression d’être opposés à l’Europe aux électeurs de droite qui étaient des européens convaincus.

L’électorat catholique

Cela est surtout vrai pour l’électorat de LR qui s’est effondré à 8,4% alors qu’à la présidentielle de 2017, Fillon avait récolté 20% des voix au premier tour malgré le tourbillon des affaires qui lui avaient valu une mise en examen. Comment expliquer autrement que l’électorat catholique qui avait massivement soutenu Fillon ait cette fois voté pour la liste LREM alors que le programme électoral de Laurent Wauquiez et François-Xavier Bellamy s’appuyait aussi sur les racines chrétiennes ?

Mais si cette confiance inébranlable en son destin, ce sentiment de supériorité, cet insatiable désir de puissance et sa froide détermination ont été jusqu’ici ses atouts, ils peuvent demain devenir des handicaps pour Macron. On en a eu un premier aperçu avec l’affaire Benalla-ses révélations fracassantes, sa commission d’enquête parlementaire houleuse et le silence assourdissant du chef de l’Etat- qui a montré les failles d’un système reposant sur la verticalité de l’exécutif et sa grande fragilité.

On l’a encore vu avec la crise des gilets jaunes où le pouvoir confronté à une situation qu’il n’avait pas su anticiper a tardé à prendre la mesure de ce mouvement de colère et à y apporter des réponses. Là encore il a fallu attendre trois semaines pour que le chef de l’Etat s’exprime et décide d’abord de suspendre puis d’annuler la taxe sur le carburant prévue pour le 1er janvier 2019.

Face à la colère populaire le pouvoir s’est vu contraint de reculer. Pointée du doigt « une absence d’écoute» soulignée par des députés de la majorité qui avaient fait part à l’exécutif de leur « remontées de terrain » suite, notamment, à la décision de limiter la vitesse sur les routes à 80 km/h au lieu de 90. Même constat de la part de Gérard Collomb qui avait déclaré : « Nous ne sommes pas nombreux à encore pouvoir lui parler » avant de claquer la porte du gouvernement.

Sur la pointe des pieds

C’est aussi parce qu’ils n’arrivent pas à se faire entendre et dénoncent un manque de démocratie au sein du groupe majoritaire que des députés macronistes ont quitté depuis deux ans LREM, sur la pointe des pieds pour la plupart. Ils sont neuf actuellement mais la liste pourrait s’allonger prochainement avec le cas d’Agnès Thill qui doit comparaitre le 25 juin devant la commission des conflits du parti. Que reproche-t-on à la députée de l’Oise ? D’être opposée à l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et de le faire savoir. « Il ne me semble pas illégitime de prononcer son exclusion car, de façon répétée, elle a tenu des propos qui mettent de l’huile sur le feu et ne sont pas conformes à nos valeurs » explique Stanislas Guérini, délégué général de La République en marche.

Mais l’intéressée n’est visiblement pas décidée à baisser pavillon. Se réclamant du « respect de la pensée de l’autre » prôné par le premier ministre et de « la liberté de parole » souhaitée par le président de la République Agnès Thill assure : « Je l’ai et je veux l’avoir cette liberté de parole ». Aussi, quand on lui parle de la souffrance des femmes en mal d’enfant, elle dit entendre cette souffrance tout en martelant : « Un enfant ce n’est pas un médicament, c’est un être humain ». Le débat sur la PMA à l’assemblée nationale prévu pour la fin septembre risque donc d’être houleux.

Comment s’en étonner quand, à force de vouloir élargir sa majorité tant à droite qu’à gauche le « président monarque » prend de gros risques. Celui de faire exploser sa majorité à l’Assemblée tenue pour l’instant – mais jusqu’à quand ? – d’une main de fer par son féal Richard Ferrand.