L’urgence n’est pas de réclamer la démission de Macron mais de changer le système politique

Inutile de rêver ! Ce n’est pas en réclamant à chaque manifestation son départ que les gilets jaunes l’obtiendront. C’est toute l’action publique qui doit être refondée pour remettre le citoyen au coeur de la démocratie.

Le vent de « dégagisme » qui a soufflé très fort en France lors des primaires, à gauche comme à droite, a pleinement bénéficié à Emmanuel Macron. Pourtant l’élection présidentielle de 2017 n’aura été qu’un trompe-l’œil. Les faits sont têtus. Au second tour, plus d’un électeur sur trois (34,03 %) ne s’est pas exprimé. Plus d’un sur trois (33,90 %) a voté pour Marine Le Pen, faisant ainsi le choix d’un rejet explicite du système. Ainsi plus des deux tiers des Français ont, à leur manière, montré qu’ils ne voulaient pas de Macron comme chef d’Etat. Celui-ci a donc été élu président par défaut.

Quand on démarre un mandat avec une aussi faible légitimité électorale on se doit d’obtenir rapidement des résultats sur le plan économique. Or, force est constater que la situation du pays ne s’est pas améliorée au cours de ces deux dernières années, loin de là et que l’augmentation du pouvoir d’achat reste en tête des revendications des Français.

Rien n’a changé non plus sur le plan des institutions. Le système n’a fait que remplacer les élites de « l’ancien monde » rejeté massivement par les électeurs par celles d’un « nouveau monde » dont on attendait qu’il s’attaque à réformer en profondeur le modèle démocratique français. Un bing bang qui aurait permis davantage de démocratie, une meilleure participation du citoyen et une plus grande liberté pour chacun. L’exécutif à cru répondre à la crise révélée par le mouvement des gilets jaunes en organisant le Grand débat. Mais celui-ci n’a pas suscité l’engouement espéré par le gouvernement qui a pris le risque de provoquer une immense déception si les réformes réclamées par les Français ne sont pas prises en compte.

Car si l’élite au pouvoir se dit prête à réformer le fonctionnement du système, à le moderniser, elle ne le fera qu’avec beaucoup de prudence et de retenue. Pas question de toucher à l’essentiel. L’élite tient sa légitimité d’un système qu’elle n’est pas disposée à remettre en cause. Ainsi balaie-t-elle d’un revers de manche les revendications des gilets jaunes demandant une meilleure représentativité des citoyens à travers le RIC (referendum d’initiative citoyenne).

Démocratie participative

Il est pourtant indispensable de revitaliser la démocratie dans notre pays. De recréer des liens entre la société civile et les institutions. De permettre aux citoyens de participer plus activement aux prises de décisions politiques. Le désintérêt de la chose publique est tel dans notre pays que la fracture ne cesse de s’élargir entre le peuple et les élites. La mise en place de la démocratie participative se révèle d’une urgence absolue.

Elle se pratique en Suisse à travers des referendums portant sur des thèmes très variés. Elle existe aussi en France au niveau local où elle prend la forme de conseils de quartiers, obligatoires dans les villes de plus de 80 000 habitants, ou par l’intermédiaire d’un conseil municipal des jeunes. Certaines communes ont même institutionnalisé la démocratie participative en associant les citoyens aux discussions et à la décision. C’est ainsi que de la concertation on est passé à la co-élaboration à Grigny (Essonne) où les habitants votent un budget participatif qui est intégré au budget communal.

Cela suppose, évidemment, de mettre à la disposition de chaque citoyen les documents lui permettant de débattre, d’émettre des avis éclairés et de peser dans les décisions qui le concerne.

Au niveau national la démocratie participative, encore appelée démocratie délibérative, trouve une application concrète avec la loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique qui impose que le Comité consultatif national d’éthique organise des états-généraux « avant tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société ». La conférence de citoyens devant être représentative de la société dans toute sa diversité.

Des conférences de citoyens il en existe dans des pays comme le Danemark ou le Canada. Ils sont consultés par les autorités dés lors qu’il y a, par exemple, un choix à faire entre divers scénarios. Un test utile pour connaitre la préférence du plus grand nombre.

L’exécutif est-il prêt, en France, à s’engager sur la voie de la démocratisation de la démocratie ? On peut en douter si l’on en juge par l’attitude du pouvoir vis-à-vis des revendications des gilets jaunes. Samedi dernier des manifestants ont été interpellés et verbalisés d’une amende à 135 euros parce qu’ils portaient un gilet jaune avec l’inscription « RIC, je dis oui au referendum d’initiative populaire ». Une répression qui en rappelle une autre, celle qui visait en 2013 les militants du collectif la Manif pour tous verbalisés au motif qu’ils portaient un tee-shirt aux couleurs de la MPT.

Faute de s’être attaqué aux causes profondes du dégagisme qui a permis son élection, Macron risque donc d’en être à son tour la victime, tout comme sa majorité parlementaire, et ce avant même l’échéance de l’élection présidentielle de 2022.