L’Etat-Macron de plus en plus gagné par la pensée totalitaire

De son éducation chez les jésuites Macron a surtout retenu l’art d’apprendre à jongler avec les principes. Rien n’est blanc d’un côté et noir de l’autre. Tout est question d’appréciation. Une théorie tout entière résumée par son « Et en même temps » qui lui a permis d’attirer à lui des électeurs venus de divers horizons.

Mais cet exercice d’équilibriste a ses limites. Les tergiversations n’ont qu’un temps. Arrive le moment où il faut trancher. C’est la raison d’être de la politique. On le constate avec le débat sans cesse retardé de la place de l’islam en France. On le retrouve avec les délicates questions de la bioéthique que sont la fin de vie et la PMA pour toutes dont le projet de loi doit être présenté ce mois-ci au conseil des ministres avant d’être examiné par le parlement fin septembre.

Un débat repoussé depuis 2017 qui divise profondément l’opinion. Mais pour le parti majoritaire, la cause est entendue. La PMA doit être étendue aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Et que personne ne s’avise de s’opposer à ce qui était une promesse de campagne du candidat Macron !

Agnès Thill vient de l’apprendre à ses dépens. Députée LREM de l’Oise, cette directrice d’école de 54 ans a été exclue à la fois du groupe parlementaire et du mouvement des « marcheurs » pour avoir manifesté publiquement et depuis longtemps son désaccord à ce projet de loi destructeur de la famille puis qu’il prive les enfants d’un père et qui aura pour conséquence de déstructurer un peu plus notre société. Que reproche-t-on à la désormais maudite Agnès Thill ? « d’avoir tenu des propos polémiques sur les réseaux sociaux et également par voie de presse à propos du projet du gouvernement… Ces propos sont préjudiciables à la cohésion du mouvement et nuisent à son image ».

L’acte d’accusation souligne encore que « la fréquence et le caractère pernicieux des propos de madame Agnès Thill génèrent et nourrissent une agressivité qui portent atteinte à la sérénité du débat ». Vous ne rêvez pas, on est bien en 2019, pas au Moyen-Age. Heureusement pour elle d’ailleurs, car sinon elle aurait été brûlée vive en place de Grève.

Crimes de lèse-majesté

Mais qu’a-t-elle donc déclaré de si épouvantable pour mériter pareille sanction ? Des phrases banales a priori, mais qui visiblement constituent autant de crimes de lèse-majesté pour le parti de la pensée unique. En voici quelques unes : « Ce sont toujours les enfants qui trinquent des désirs d’adultes », « Un enfant n’est pas un médicament, c’est un être humain », « On enlève un père à un enfant », ou encore : « C’est ainsi que l’on entend dans nos campagnes : « On en à marre d’être commandés par des minorités ».

A quoi faisait-elle ainsi allusion ? Cette catholique pratiquante qui revendique sa « liberté de parole » n’hésite pas à dénoncer l’existence d’un « puissant lobby LGBT à l’assemblée nationale ». La malheureuse ! Que n’avait-elle dit là ! Cette dénonciation a pesé lourd dans la décision de la commission disciplinaire du parti et lui vaut d’être marquée du sceau de l’infamie en ayant commis le pire crime de notre époque: « l’homophobie ».

Pourtant ce serait mal la connaître que de croire que cette sanction va modérer l’ardeur de ses convictions. La rebelle a déjà annoncé son intention de contester en justice la décision qu’elle juge « scandaleuse ». « Avoir été exclue d’un parti totalitaire c’est plutôt un honneur » réagit-elle. Un totalitarisme rampant qui se cache sous une phraséologie lénifiante. « Il ne doit pas y avoir de police de la pensée » déclare Stanislas Guérini, patron de la République en Marche en réponse aux accusations de sectarisme qui visent de plus en plus le parti présidentiel.

Autre illustration de ce totalitarisme avec l’affaire Marion Maréchal. Invitée par le Medef pour participer fin août à une table ronde avec Bernard Tapie sur le thème : « Pourquoi les populistes sont populaires ? », l’ex-députée FN a été finalement déprogrammée suite à des protestations et à des menaces de boycott de membres du gouvernement. La macronie aurait-elle peur de Marion Maréchal ? Une fois encore est pointé du doigt le sectarisme du parti majoritaire qui essaye d’empêcher le débat d’idées pour ne faire passer que sa pensée unique.

C’est bien aussi ce qui apparaît choquant dans la saisine par la ministre de la Santé de la Cour de Cassation afin qu’elle casse la décision de la Cour d’appel de Paris qui le 20 mai avait ordonné la reprise de l’alimentation et de l’hydratation de Vincent Lambert. Au-delà de l’appréciation que chacun peut porter sur l’opportunité de maintenir en vie ce patient tétraplégique en état végétatif depuis 10 ans, c’est l’intervention du gouvernement dans ce dossier devenu symbole du débat sur la fin de vie en France qui fait débat. D’autant que l’arrêt rendu par la plus haute juridiction française le 28 juin va dans le sens souhaité par le pouvoir en cassant la décision de la Cour d’Appel de Paris sans renvoi devant une autre juridiction. Ce qui a pour conséquence de clore définitivement ce douloureux dossier. A moins d’un énième rebondissement toujours possible !