Immigration : l’étonnante volte-face de Macron

Quelle mouche a donc piqué Emmanuel Macron ? Alors que le thème de l’immigration ne figurait même pas dans les questions proposées lors du grand débat national du début de l’année, le chef de l’Etat vient de mettre la question sur le tapis au point d’en faire le sujet prioritaire de la rentrée.

Le 16 septembre, devant les parlementaires de sa majorité, il a tenu un discours néo-sarkoziste. « Les bourgeois n’ont pas de problème avec l’immigration, ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. La gauche n’a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l’extrême droite ». Comment expliquer un tel revirement de la part de celui qui, en pleine campagne présidentielle rendait hommage à Angela Merkel pour sa politique d’accueil des migrants ? Macron le progressiste, le mondialiste, l’ennemi déclaré des identitaires et des populistes. Vient-il seulement de découvrir le problème que pose à notre pays l’arrivée incontrôlée de populations toujours plus nombreuses en provenance des pays du Tiers-monde ? Ce serait le prendre pour un naïf !

Une fixation

C’est lors de son interview télévisée du 10 décembre dernier qu’il avait pour la première fois abordé la question de l’immigration, levant ainsi un tabou. « Il nous faut l’affronter » avait-il affirmé. Depuis, selon ses proches, ce thème revient régulièrement dans ses propos au point d’en faire une fixation. Conséquence de la crise des Gilets jaunes ? « Le challenge pour moi sera d’écouter les Français » déclarait-il récemment dans une interview au magazine américain Times. Des Français qui manifestent une réelle inquiétude vis-à-vis de l’immigration. Depuis des années, sondage après sondage, ils disent leur exaspération devant les incivilités, la délinquance, les agressions, les meurtres, et l’islamisation rampante de notre pays.

Dernier en date, le sondage Ipsos du 13 septembre est particulièrement significatif : 60 % des Français considèrent que les « migrants constituent une menace ». Ils sont 45 % à estimer que l’arrivée des migrants « prive les Français de services sociaux », tandis que 54 % des sondés pensent que les Français devraient être prioritaires dans l’attribution des emplois. Enfin 77 %, soit plus des trois-quarts des personnes interrogées, souhaitent « l’arrivée d’un leader fort, capable de casser les règles ». Un niveau de colère jamais atteint !

Macron ne peut pas ignorer les attentes des Français, leur état d’exaspération. Il sait qu’il est assis sur un baril de poudre prêt à exploser à la moindre étincelle. Il a encore en tête les déclarations de Gérard Collomb, l’ancien ministre de l’Intérieur qui, quelques jours avant de donner sa démission du gouvernement, déclarait : « Aujourd’hui on vit côte à côte… je crains que demain on vive face à face ! ». Des propos qui ne sont pas sans rappeler ceux de François Hollande qui dans l’ouvrage de confidences Un président ne devrait pas dire çà ! paru en 2016, s’interrogeait : « Comment éviter la partition ? Car c’est bien de çà qu’il s’agit ! ».

La colère gronde

Arrivé à mi-mandat, Macron pense à la prochaine élection présidentielle de 2022 où il compte bien être candidat. Or, il sait qu’il aura face à lui, au second tour, la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, qui était déjà son adversaire en 2017. Qu’en sera-t-il cette fois ? Les résultats de la politique économique qu’il a mise en place se font attendre. La croissance promise n’est pas au rendez-vous. La colère gronde dans le pays. Le gouvernement ne peut répondre aux revendications, même les plus urgentes, car les caisses de l’Etat sont désespérément vides. Pendant la deuxième partie de son mandat il va être condamné à rogner sur les avantages acquis de franges importantes de la population dont certaines constituent la base de son électorat : retraités, cadres supérieurs notamment tandis que les flux migratoires vont aller en s’amplifiant.

Il  sait que cette question sera le terrain d’affrontement avec Marine Le Pen qui en a fait depuis toujours son cheval de bataille. Et il craint par-dessus tout de se retrouver dans la position de Lionel Jospin, éliminé dès le premier tour le 21 avril 2002 au profit de Jean-Marie Le Pen.

Mais comment opérer un virage à 180° sans être accusé d’aller braconner sur les terres du Rassemblement national ? Un numéro digne d’un équilibriste expérimenté… ou d’un politicien particulièrement retors. Aussi Macron, avec l’aide de ses fidèles, s’emploie-t-il à déminer le terrain, à préparer l’aile gauche de sa majorité à un réajustement de sa politique migratoire qui passera par une réforme de l’AME (Aide médicale d’Etat) dont sont bénéficiaires les étrangers en situation irrégulière pour lesquels les soins médicaux sont entièrement gratuits. En augmentation d’une année sur l’autre, le budget consacré à l’AME frôlera cette année le milliard d’euros, 943 millions très précisément. « Arrêtons d’être naïfs, ne nous laissons pas imposer ce sujet » s’énerve Macron en s’adressant à ses proches.

Le débat qu’il a lui-même voulu aura lieu le 30 septembre à l’Assemblée nationale. Destiné à « porter une réflexion actualisée, année après année, sur les sujets migratoires » il ne fera l’objet d’aucun vote. Il n’en reste pas moins qu’il risque d’être houleux, et tout particulièrement au sein de la majorité. Nombre de députés de gauche de la République en marche n’ayant pas encore digéré le vote de la loi « Asile et immigration » en septembre 2018. Il y a tout juste un an.