2019, l’année de tous les dangers pour Macron

Suites à donner au Grand débat, élections européennes du 26 mai, déroulement de l’enquête sur l’affaire Benalla, 2019 s’annonce comme l’annus horribilis pour Macron.

En lançant le 10 décembre dernier l’idée d’un Grand débat, Emmanuel Macron espérait calmer la colère des Gilets jaunes. Il voulait en même temps reprendre l’initiative face à un mouvement social d’une ampleur inédite qui menaçait le pouvoir.

Le grand débat s’achève le 15 mars. Les Français ont pu s’exprimer et émettre leurs propositions. Que peut-il sortir de cette vaste consultation comme le pays n’en avait pas connu depuis 1789 avec les cahiers de doléances lancés par Louis XVI…qui n’ont cependant pas suffi à calmer l’ardeur révolutionnaire ?

En ouvrant la boite de Pandore, Macron a pris un très gros risque. Vu l’ampleur des sujets abordés et les idées parfois contradictoires exprimées, il y aura forcément des déçus. On peut même dire, sans risque de se tromper, que ceux-ci seront plus nombreux que les satisfaits. Difficile de faire des miracles en l’absence de marge de manœuvre budgétaire.

Or, 58% des Français attendent de lui qu’il modifie largement sa politique économique et sociale selon un sondage Vivavoice pour Libération. Sacré challenge ! La sortie du grand débat va rapidement se transformer en casse-tête pour l’exécutif. Ce que redoute Edouard Philippe. Devant les députés de la majorité, le Premier ministre a cru nécessaire de préciser : « Il faut préparer nos concitoyens à ce que les propositions à la sortie du grand débat national ne soient pas les réponses à toutes les remontées du grand débat ».

Après avoir suscité un espoir de changement, le Grand débat risque d’engendrer beaucoup de frustrations dans un pays fracturé et chez un peuple qui ne va pas bien comme le mouvement des gilets jaunes l’a montré. On peut dés lors craindre de nouvelles flambées de manifestations partout dans le pays.

C’est en avril que Macron prendra la parole « et précisera sa vision en donnant les grands axes de réponse et le sens de la direction à suivre pour le gouvernement » dixit Sébastien Lecornu, chargé de la coordination du Grand débat. Or, nous serons à ce moment là en pleine campagne pour les élections européennes du 26 mai. Comment imaginer que les retombées politiques, sociales et économiques du grand débat n’interféreront pas sur ce scrutin ? D’autant qu’il y a encore peu, certains pensaient pouvoir organiser le même jour un reférendum. Faisons confiance aux diverses oppositions pour exploiter au mieux les espoirs déçus des uns et des autres. Une situation dont le principal bénéficiaire sera bien évidemment le Rassemblement national.

Isolé sur le plan européen

Macron n’a jamais été autant isolé sur le plan européen. Il n’a plus d’allié sur qui s’appuyer pour défendre son idée d’une Europe « progressiste ». Annoncée à grands renforts de coups de trompettes sa tribune parue dans les 28 pays de l’Union européenne a fait un flop retentissant. Il est vrai que ses propositions n’ont rien de révolutionnaire. La remise à plat de l’espace Schengen fait consensus aujourd’hui partout en Europe. Il n’envisage pas, par contre, de toucher aux institutions, notamment à la si décriée Commission européenne qui fait la pluie et le beau temps alors qu’elle n’a aucune légitimité démocratique. Ses membres étant désignés par les gouvernements de chacun des 28 états.

Seule nouveauté, l’idée d’organiser une « Conférence pour l’Europe » d’ici la fin de l’année afin de « proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités » écrit-il. Effet Gilets jaunes sans doute, cette conférence à laquelle seraient associés des « panels de citoyens » auditionnerait universitaires, partenaires sociaux, représentants religieux et spirituels. Une proposition encore bien floue…

La ténébreuse affaire Benalla

Mais le pire pour Macron est, bien sûr, cette ténébreuse affaire Benalla qui est loin d’avoir livré tous ses secrets. Un feuilleton à rebondissements qui gravite autour de l’Elysée. Ce collaborateur du chef de l’Etat qui se croyait tout permis du fait de sa proximité, de sa complicité avec Macron, s’est fait bêtement poisser pour avoir tabassé quelques trublions en marge du défilé parisien du 1er mai 2018 marqué par la violence des blackblocs.

On n’aurait évidemment rien su de l’affaire si la scène n’avait été filmée non seulement par un quidam mais aussi par les caméras de vidéosurveillance de la ville de Paris. Quand l’affaire a été rendue publique par un article du Monde et que l’on a découvert les avantages et incroyables privilèges dont bénéficiait celui qui était officiellement adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron, le scandale a pris des proportions énormes.

L’Assemblée nationale et le Sénat ont diligenté, chacun de leur côté, une commission d’enquête parlementaire. Si la première présidée par une députée du parti majoritaire a rapidement avorté, celle du Sénat a pu prospérer. Des auditions suivies en direct à la télévision par les Français qui ont assisté à un défilé inhabituel de personnages qui préfèrent généralement la discrétion et le silence à la lumière des projecteurs, qu’ils soient proches collaborateurs du chef de l’Etat, ministres, préfet de police ou hauts gradés. Le 20 février dernier, après six mois de travaux la commission d’enquête sénatoriale a rendu un rapport accablant qui pointe des « dysfonctionnements majeurs » au sommet de l’Etat.

Plus grave encore elle accuse Alexandre Benalla d’avoir menti au cours de ses auditions. Des déclarations faites sous serment et qui devraient valoir à l’intéressé des poursuites pour parjure. Par ailleurs selon un enregistrement que s’est procuré Médiapart, celui-ci se serait vanté auprès de son ami Vincent Crase, tout comme lui mis en examen pour les violences du 1er mai, d’avoir toujours le soutien et la confiance de Macron.

Des éléments qui, bien évidemment, intéressent au plus haut point la justice. L’enquête confiée à un juge d’instruction se poursuit dans la plus grande discrétion. Elle touche l’entourage immédiat du chef de l’Etat. Une épée de Damoclès est ainsi suspendue au-dessus de sa tête. « Qu’ils viennent me chercher ! » avait lancé Macron devant ses troupes après s’être désigné comme seul responsable de l’affaire Benalla. Une fanfaronnade puérile qu’on concevrait davantage dans la bouche d’un petit caïd de banlieue que dans celle du président de la République qui sait que son statut le protège tant qu’il est à la tête de l’Etat. Mais il sait aussi qu’il est dans l’œil du cyclone !