Macron aussi organisait des repas entre amis quand il était à Bercy

Un dîner peut en cacher un autre ! Les homards accompagnés de Château-Yquem ont coûté son poste de ministre de la transition écologique à François de Rugy en dépit du soutien du chef de l’Etat. Il est vrai que lorsqu’il était à Bercy Macron ne se gênait pas pour inviter tous azimuts dans les salons du ministère de l’Economie.

Le livre était quelque peu passé inaperçu lorsqu’il est sorti en janvier 2017 pendant la campagne des présidentielles. A l’époque il n’était question que de l’affaire Fillon. Dans l’enfer de Bercy (Jean-Claude Lattés) les journalistes Fréderic Says et Marion L’Hour racontent comment celui qui fut ministre de l’Economie entre 2014 et 2016, invitait le Tout-Paris à Bercy pour se constituer un carnet d’adresses. « Macron recevait à tour de bras les personnalités influentes dans son bureau du 3e étage. Y compris des hiérarques religieux, des philosophes, des responsables associatifs, tous estimables mais qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les attributions officielles du ministère, économie, industrie et numérique » soulignent les auteurs de l’ouvrage.

Parmi les nombreux témoignages qu’ils ont recueillis, celui de Christian Eckert, alors secrétaire d’Etat au budget qui n’est pas tendre pour l’actuel locataire de l’Elysée. Dans son livre Un ministre ne devrait pas dire ça (Robert Laffon 2018) le socialiste raconte que c’est dans l’appartement de fonction du ministre de l’Economie que « matin, midi et soir, le couple a reçu beaucoup de monde pour préparer le décollage d’En marche ». Avant de préciser : « Tous les espaces du 7e étage de Bercy qui regroupent les salles de réunion et de réception du ministère étaient mis à contribution simultanément. Une stratégie qui permettait à Brigitte et Emmanuel Macron de prendre l’apéritif dans une réception du ministère, de débuter un premier dîner plus officiel avec d’autres convives au 7e étage puis d’en poursuivre un second à l’appartement ». Deux repas par soirée. C’est ce qui s’appelle mettre les bouchées doubles !

En bon observateur des pratiques de son collègue à Bercy, Christian Eckert poursuit : « La salle à manger peut accueillir les journalistes, les acteurs, les people, les chefs d’entreprise, les chanteurs, le Tout-Paris et bien au-delà, accourus le plus souvent par l’entrée discrète située quai de Bercy ».

Bercy comme rampe de lancement

Ainsi en 8 mois, jusqu’à sa démission du gouvernement en août 2016, Macron a-t-il dépensé 120 000 euros ce qui représente 80% de l’enveloppe annuelle des frais de représentation accordés à son ministère par le budget d’après les auteurs du livre. Michel Sapin, ex-ministre des Finances et des comptes publics, et ancien voisin de palier de Macron avait, pour sa part, constaté que « pour la dernière ligne droite il y avait beaucoup de passages ». Il regrette aujourd’hui de ne pas avoir détecté alors l’ambition d’Emmanuel Macron qu’il avait surnommé « le taré du 3e étage » et avoir vu dans ces dîners « un signe de plus ».

Bref Macron, le protégé de Hollande à l’époque, s’est servi de Bercy comme rampe de lancement pour son parti En marche !. Depuis son ministère il a préparé sa stratégie de conquête du pouvoir tout en nouant de solides relations avec des acteurs de la société civile. Et face aux critiques En marche ! avait utilisé le même argument que celui avancé aujourd’hui par François de Rugy : « Recevoir au ministère des acteurs extérieurs à l’administration fait bien partie du rôle et de la fonction d’un ministre qui ne saurait travailler en circuit fermé et exclusif avec son administration ». Circulez y’ a rien à voir ! Une conception extensive et abusive du rôle d’un ministre qui justifie toutes les dérives. De l’argent public utilisé à des fins personnelles. Est-ce cela le nouveau monde rêvé et vanté par Macron ? On est en droit de le penser si l’on considère le soutien du chef de l’Etat à un François de Rugy dans la tourmente auquel il conseille même de « ne pas lâcher ».

Mais l’impact médiatique des révélations de Médiapart a été ravageur sur l’opinion publique dans un contexte politique tendu. Ces dîners fastueux servis en l’hôtel de Lassay lorsqu’il présidait l’Assemblée nationale, ces coûteux travaux de rénovation réalisés dans son appartement de fonction du ministère à l’hôtel de Roquelaure pour un total de 64 523 euros dont 17 000 pour le seul dressing ne sont plus acceptés aujourd’hui par les citoyens exaspérés de voir que le nouveau monde ressemble décidément beaucoup à l’ancien.

Et pourtant le rapport d’enquête présenté par l’Assemblée nationale précise que « monsieur de Rugy n’a enfreint directement ou indirectement aucune règle et n’a commis aucune irrégularité « . Il en est de même pour les travaux effectués dans l’appartement validés – à quelques détails prés – par une inspection lancée par Matignon. Des conclusions qui risquent de ne pas apaiser les esprits.

« D’un côté tout un peuple, et de l’autre une clique ! » fustigeait Victor Hugo dans L’année terrible. Les choses ont-elles beaucoup changé depuis l’époque où l’auteur des Misérables écrivait ces lignes ? Pas si sûr ! Ce qu’a fait François de Rugy est peut-être légal. Conforme à la morale et à l’éthique ? Certainement pas ! Macron, lui, s’en sort bien : l’absence de photo publiée de ces agapes le met, pour l’instant, à l’abri d’un scandale. Pas de photo, pas d’affaire ! Mais jusqu’à quand ?

Il est grand temps que cessent ces pratiques d’une autre époque ! Pour y parvenir c’est tout un système d’avantages et de privilèges qui est à revoir si l’on veut restaurer l’image de la politique !